Une première nuit étrange en Turquie

RobinJournal de bord1 Comment

Première nuit en Turquie

Nous sommes entrés en Turquie le 25 mai 2017. Je vais vous raconter la petite aventure nocturne qui nous est arrivée ce soir-là. 

Après une journée intense après le passage triomphal de la frontière turque au beau milieu d’une autoroute bondée d’automobilistes au klaxon facile, nous décidons de quitter cet enfer tumultueux pour des milieux plus calmes, dans la campagne. Après une vingtaine de kilomètres et la nuit tombant, nous stoppons notre convoi sur une route de terre perpendiculaire à la route principale, à quelques centaines de mètres. Après quelques minutes de délibération pour trouver l’endroit idéal, nous plantons les tentes au beau milieu du chemin, persuadés que personne ne s’aventurerait de nuit sur cette voie qui, de toute façon, ne mène à nulle part.

Une fois le repas du soir fini , nous rentrons rapidement dans nos tentes et saluons les derniers rayons de soleil s’effaçant progressivement derrière la colline la plus lointaine, le tout sous un silence reposant. Place au second voyage de la journée, j’ouvre les portes du royaume des rêves les plus fous, un mélange de couleurs doucereuses et de sensations agréables m’emportent au plus profond de l’univers, annonçant un sommeil des plus récupérateurs.

Des bruits de canons me sortent soudainement de cet état de transe psychédélique. Il m’est difficile de distinguer la frontière entre le rêve et la réalité, une lumière aveuglante me brûle les yeux et un son assourdissant me fracasse les tympans. Où suis-je ? Que fais-je là au milieu de cette guerre ? Après avoir retrouvé mes esprits,  je sors la tête de la tente. La scène est surréaliste : une voiture est à quelques dizaines de mètres de la tente, ses phares s’allument et s’éteignent au rythme du moteur vrombissants, avec de grands bruits d’explosions répétitifs à chaque coup de pédale. Que fait cet énergumène devant notre tente ? Est-il prêt à charger tel un animal sauvage voulant prouver sa supériorité ?

Il fait maintenant demi-tour, je me tourne vers Arlen qui est aussi dans l’incompréhension la plus totale. Est-ce simplement un badaud qui a fait fausse route ? Nous décidons d’attendre qu’il s’en aille. La voiture retourne près de la route principale, toujours avec le même spectacle sonore et visuel improbable. Ouf ! Nous allons pouvoir retrouver la quiétude magique de notre lieu de campement improvisé.

Mais pas du tout. A maintenant une centaine de mètres de la tente, l’expérience visuelle et sonore reprend son cours. Programme du soir :

  • Musique électro-arabisante, parfum “décollage de tympans” et “infra-basses destructrices”
  • Découverte olfactive de gomme de pneu et fumée nocive en bonus
  • Symphonie du moteur en si-bémol et expérience de résistance aux décibels.

Après une bonne demi-heure à répéter ce cinéma, la voiture a l’air de se déplacer. Les phares nous aveuglent de nouveau, annonçant qu’elle revient vers notre campement. Horreur ! Rapidement la voiture est devant la tente. Notre patience ayant déjà largement dépassé ses limites, Arlen et moi-même décidons de sortir de la tente pour en découdre une bonne fois pour toute avec le chauffeur de cette poubelle au moteur sur-vitaminé et à la sono sur-wattée. David contre Goliath version kéké-turque-tuning contre voyageurs à vélo, nous nous armons de courage et marchons d’un pas décidé vers les grands phares de la voiture. Immédiatement, celle-ci se met à reculer. Nous continuons à marcher en sa direction. Nous sommes en caleçon, tongs et débardeur au beau milieu de la nuit en train d’essayer de rattraper une voiture folle en marche arrière sur un chemin plein de boue.

La voiture quitte alors le chemin et repart sur la route principale à plein gaz. Nous restons un moment à nous demander si nous ne sommes pas encore en train de rêver. Nous retournons près des tentes et retrouvons Firmin, échangeons un peu nos impressions sur ce qui vient de se passer. Comment savoir si c’est fini pour la nuit ?

Nous levons les yeux. Le ciel immaculé de nuages nous offre son plus beau spectacle, sans la pollution lumineuse des villes. Etant de toute façon bien réveillé et (presque) en pleine forme, Arlen en profite pour faire un des plus beaux clichés de la voûte céleste. Comme quoi, il est toujours possible de trouver du positif, même dans les moments les plus sombres, ou en l’occurence les plus étranges…

Auteur

Robin

Passionné par le vélo et l'aventure, amoureux de la nature et de la technologie.

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