Bienvenue chez les militaires

RobinJournal de bord2 Comments

Arrivée à Dogubayazit

Dimanche 9 juillet 2017

La nuit tombe. Encore 100 km d’effectués aujourd’hui. La frontière entre la Turquie et l’Iran n’est plus très loin, à priori encore à 2 jours. Après avoir mitraillé avec nos appareils photos le magnifique coucher de soleil rose et violet fluo que nous offre le ciel naturellement photoshopé, nous quittons notre autoroute fétiche pour rejoindre la petite ville avoisinante pour acheter les vivres pour le soir et le lendemain matin.

Malgré tous nos efforts, il nous est impossible de passer inaperçus et  rapidement nous sommes rejoints par plusieurs dizaines d’enfants qui courent à côté de nous en hurlant “hello, hello !“, ce à quoi nous répondons d’un amical bonjour. Ou encore “money, money !”, ce à quoi nous répondons d’une moue exaspérée et d’un “NO !” retentissant pour les plus persistants.

Nous stoppons notre convoi à côté du “market” tels des bergers encerclés par leur troupeau. Le spectacle qu’on offre semble intéressant car rapidement tout le village se trouve autour de nous. Devons-nous effectuer un tour de magie, des pirouettes ou un spectacle pyrotechnique ? Non, il semble que le simple fait d’être là physiquement avec nos vélos bizarres suffit pour captiver l’attention. On nous offre du pain, on nous invite pour boire le thé…

Malheureusement il fait déjà bien nuit et tout ce petit monde commence à devenir quelque peu oppressant. Les derniers arrivés sont des militaires, fraîchement sortis de leur pick-up blanc. Ils nous indiquent de les suivre par un simple message sur le téléphone traduit du turc vers l’anglais.

J’avoue que sur le moment, je ne suis pas des plus enthousiastes à faire ami-ami avec des militaires au Kurdistan, région où ceux-ci sont en conflit direct avec un groupe armé, le PKK, qui sévit dans la région depuis presque 40 ans.

Mais bon…allons y ! Je ne pense pas qu’un refus soit la meilleure idée sachant que l’on veut éviter les questions du genre “où allez-vous dormir ce soir ?”. Nous reprenons la route avec le pick-up devant nous, warning allumés, tel un convoi VIP. Encore un bon moyen de passer inaperçu… Devant le camp, on rediscute en essayant d’en savoir plus sur leurs intentions. On essaye de faire comprendre que nous voulons simplement boire un petit thé. Il acquiesce de la tête.

Première barrière ouverte. Puis la deuxième s’ouvre, on contourne les sacs de sables et barbelés puis on entre en saluant les gardes armés à l’entrée et en évitant soigneusement le chien enragé qui semble défendre particulièrement hargneusement son territoire.

Une fois à l’intérieur du bâtiment principal, on nous invite à rentrer dans le bureau du responsable du camp, qui nous prie de nous assoir. Personne ne parle anglais sauf un soldat de notre âge qui a voyagé en Europe auparavant. Cela simplifie grandement la discussion qui, autrement, aurait été inexistante. Autour du bureau, on trouve une pléthore d’armes prêtes à l’emploi à même le sol, des vestes kevlar pare-balles, au mur se trouve une carte avec les zones potentielles terroristes ou des opérations futures. Nous avons presque l’impression de faire tache dans cet environnement avec nos shorts et lunettes de soleil. Nous apprenons que niveau sécurité, il est très dangereux de quitter la route principale et que même à 10 km du camp, le danger est présent. L’Iran, évidemment, est aussi un pays très dangereux, peuplé sûrement de terroristes. Apparemment, il y a un joli chateau à visiter à quelques kilomètres de là. Ah finalement non, car il y a aussi des terroristes là-bas.

Il est déjà 21h, hop, c’est l’heure d’aller manger. Nous sautons dans une voiture digne de “Retour vers le Futur” et rejoignons le restaurant 15 km plus loin. L’endroit est magnifique : des tables posées au milieu d’un beau jardin entouré de bouleaux parfaitement alignés. On nous sert des ailes de poulet parfaitement assaisonnées. Le plat ne fait pas long feu avec nos appétits de cyclistes, ce qui fait que nous mangeons au moins le double de la portion militaire. Pour nous, c’est aussi l’occasion de fêter nos 100 jours depuis le départ !

Barbecue offert par les militaires !

Barbecue offert par les militaires !

Suite à ce festin de carnivore, retour au camp. Reste à trouver un endroit où dormir. C’est prévu aussi ! La terrasse du restaurant d’à côté est réquisitionnée. Nous avons l’autorisation du chef du camp militaire qui connaît le gérant du restaurant. C’est donc à 50 mètres du camp que nous dormons après cette longue et belle journée, 100 ème journée à vélo… Dormir est un grand mot puisque c’est un arrêt très prisé des routiers qui viennent et partent inlassablement pendant les 3/4 de la nuit. Entre deux coups de clefs de contact, nous arrivons cependant à trouver le sommeil.

Camping improvisé sur une terrasse de restau

Camping improvisé sur une terrasse de restau

Vers 7h, les militaires de la veille nous rejoignent pour le petit déjeuner, une magnifique et délicieuse soupe aux lentilles. Ils deviendraient presque attachants ces militaires ! Après être de nouveau devenus l’attraction locale et avoir fait testé nos trikes à tous les routiers curieux, nous reprenons la route, direction l’Iran.

Auteur

Robin

Passionné par le vélo et l'aventure, amoureux de la nature et de la technologie.

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