Apocalypse militaire

FirminJournal de bord2 Comments

Apocalypse militaire

Après deux semaines d’immobilisme touristique à Istanbul en attente de nos visas iraniens, il est temps de hisser les voiles. Pour ne pas devoir subir une sortie interminable de la capitale au milieu du trafic et des immeubles, on choisit l’option plus tranquille : un bac pour traverser la mer de Marmara.

Le contraste est immédiat : plus d’oppression urbaine, rien que des plaines, des arbres et des montagnes. Un peu trop de montagnes à notre goût d’ailleurs, après 15 jours d’arrêt. Les jambes semblent lourdes et nos montures encore plus, malgré l’allègement de notre cargaison.

Rattrapés par la pluie qui ne semble pas aller en décroissant, nous nous réfugions sous un toit de station service, sans réel plan pour la suite.

Un turc germanophone nous accoste alors immédiatement, tout content de pouvoir pratiquer l’allemand avec des petits suisses. Bien entendu, après un échange fort sympathique sur l’histoire de la ville et des environs, nous sommes bien décidés à ne pas laisser échapper une occasion en or de trouver une planque pour pouvoir s’abriter de l’orage.

“Kennst du einen Platz, wo wir unsere Zelt installieren können ?”

Et voilà le travail. Une heure plus tard, après une petite visite de la ville en voiture, nous nous installons dans son salon, encore une fois émerveillés par l’hospitalité à laquelle nous avons droit, nous qui ne cherchions qu’une vulgaire place couverte pour installer nos tentes.

Mali – c’est son nom – nous emmène dans son bar préféré, où le thé a remplacé la bière, mais où les tournées se suivent tout autant inlassablement, agrémentées de quelques lukums. Pour une fois, grâce à notre hôte germanique, nous pouvons avoir un semblant de conversation avec les turcs qui partagent notre table. A la fin de la soirée, Mali nous ramène chez lui, et nous nous effondrons sur nos canapés respectifs, épuisés par une journée intense de vélo.

C’est au cours de la nuit, installé dans mon sofa sur le balcon en tentant de trouver le sommeil, qu’une scène assez surréaliste se produit.

Il est 3 heures du matin environ, mes paupières commencent enfin à s’alourdir malgré un flot de pensées qui virevoltent dans ma tête inlassablement, quand je suis soudain tiré de mes songes par un tambour en provenance de la rue juste en-dessous de moi. Ne comprenant pas tout de suite ce qu’il se passe, je jette discrètement un œil par dessus la barrière du balcon. J’aperçois un individu vêtu de noir, assez jeune, qui défile dans la rue avec son tambour, répétant le même rythme militaire, presque funèbre. Quelques ombres tapies dans l’obscurité le guettent, n’osant pas le sommer de cesser son boucan nocturne. Soudain, je remarque que cet homme n’est pas seul, et qu’un deuxième type se promène dans la rue d’à côté, tambourinant le même rythme effrayant.

A trois heures du matin, vraiment ? Je suis complètement interloqué et n’ose pas me faire voir ni entendre. Je filme discrètement la scène, tant bien que mal.

Juste en bas, à dix mètres, j’aperçois un homme de dos, aux muscles saillants, habillé en militaire et semblant scruter, immobile, le moindre mouvement suspect susceptible de perturber ce macabre défilé. Je n’arrive pas à voir s’il est armé, mais quoi qu’il en soit, je suis terrifié et je tente de quitter à pas de velours le balcon, de peur de me faire repérer. Qu’est ce que c’est ? L’annonce d’un nouveau coup d’état ? Une tentative de diversion pour une action militaire ?

Au bout de vingt minutes, l’homme finit par cesser son tintamarre, et je décide de tenter de me rendormir loin du balcon, bien en sécurité à l’intérieur, sans réveiller mes collègues et notre hôte. Bien évidemment, je ne parviens pas à m’endormir, étant constamment sur mes gardes, à l’affût du moindre bruit suspect.

Et puis au petit matin, c’est l’embarras du siècle. Alors que je raconte précisément la scène à laquelle j’ai assisté au cours de la nuit, Mali éclate de rire avant de m’expliquer, non sans contenir son hilarité, que je suis loin d’avoir assisté à un coup d’état : l’homme au tambour était simplement descendu dans la rue, comme tous les jours depuis quatre semaines, pour annoncer l’arrivée imminente du jeûne aux habitants. Les gens tapis dans l’ombre n’étaient en fin de compte que de simples passants venus manger et boire dans la ville avant de commencer leur jeûne, et le militaire installé sous notre balcon n’était en fait… qu’un mannequin. Un mannequin ! J’avais complètement oublié que notre appartement surplombait un magasin d’habits militaires, et qu’un modèle était installé devant la vitrine ! En regardant les images tournées à la hâte hier soir sur mon smartphone, je me rends compte en effet que ce terrible et effrayant militaire musclé a la peau bien brillante : du plastique.

Quel crétin ! Comment ai-je pu me faire autant de films dans la tête ? C’est dingue, quand même ! Peut-être est-ce encore cette appréhension d’une région, d’un continent, d’une culture que je ne connais pas encore, mais comment diable est-ce que cela peut prendre des proportions pareilles dans ma tête ? J’en éclate de rire évidemment, car je pense que mon état comatique dû à ma phase d’endormissement n’y est pas pour rien, mais tout de même, il va falloir que je travaille là-dessus, à l’avenir, pour que mon cerveau ne se transforme plus en plateau hollywoodien à la moindre situation cocasse…

La réconciliation

La réconciliation

Auteur

Firmin

Ingénieur de 26, je ne suis pas uniquement passionné par les watts et la technologie. Ecriture, musique, voyages et sushis font partie des choses qui me parlent, entre autres.

2 Comments on “Apocalypse militaire”

  1. Merci Firmin pour ton récit !! Bisou ! Et bonne continuation ! Que les aventures (heureuses), les rencontres (riches) continuent ! Et que vous vous en mettez plein les yeux,!! BONNE ROUTE ! Et ton genou ?? Il tient ?? Tatannette

  2. Bizarrement ça me rappelle une situation cocasse un matin frisquet avec un pauvre petit piaf dans votre cheminée >< 🙂

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